Jalouse des zèbres d’Abidjan, Bouaké réclame la réouverture de son zoo

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Le 5 novembre, devant les caméras de la télévision nationale, quatre zèbres sont arrivés tout droit d’Afrique du Sud pour enrichir le cheptel du zoo d’Abidjan. L’Etat ivoirien a déboursé 39 millions de francs CFA (59 455 euros) pour les acquérir.

Cette dépense fastueuse, aussitôt honorée par la visite d’un ministre aux quadrupèdes, passe mal à Bouaké, deuxième ville du pays, où le zoo, qui abritait nombre d’espèces rares, est en ruine depuis 2002. Il y a plus d’une décennie, les visiteurs se pressaient pour voir le chimpanzé qui fumait des cigarettes, les lions aux grandes crinières, les tortues marines, l’hippopotame pygmée (en voie de disparition), la serre des reptiles, les potamochères (porcs sauvages), le guib harnaché (sorte d’antilope)…

Mais la plupart des animaux ont été transférés à Abidjan. Que la ville soit devenue durant dix ans le quartier général de l’ex-rébellion après le coup d’Etat manqué du 19 septembre 2002 n’est pas étrangère à cette situation de déshérence. Le zoo de Bouaké est aujourd’hui perdu au milieu d’un immense champ de maïs, d’où émergent çà et là des cages rouillées. Le bâtiment de l’administration est devenu un malodorant lieu d’aisance. Seules les courses-poursuites entre margouillats, ces lézards qui s’attaquent aux oiseaux, rappellent – de très loin – les fastes du passé.

«Le zoo a été fermé parce qu’il n’était plus possible de nourrir les animaux», dit Fanny Mamadou, ancienne conseillère municipale. Il l’est toujours parce qu’il n’y a pas d’argent pour le faire fonctionner. «La mairie doit plus de cinq ans d’arriérés de salaires à ses agents du fait de la longue crise militaro-politique. Dans un tel contexte, il est difficile de penser à une réouverture.» a-t-elle ajoutée.

« C’est difficile de voir le zoo d’Abidjan se procurer à grands frais de nouveaux animaux sans que celui de Bouaké ne connaisse un début de réouverture », observe, peiné, Jules Saraka Dams, directeur régional du tourisme à Bouaké.

Entre les deux villes, la rivalité est ancienne. Durant la guerre civile des années 2000, Bouaké était la « capitale des rebelles et du pays nordique », occupée par les forces nouvelles, symboliquement opposée à Abidjan, la «capitale des loyalistes et du sud» de Laurent Gbagbo. En février 2015, Abidjan avait fait l’acquisition de trois lions pour remplacer leurs congénères morts pendant la crise post-électorale de 2011. Le renforcement de leur enclos, par mesure de sécurité, pour 80 millions de francs CFA, avait doublé le prix de cette acquisition en Afrique du Sud.

Jules Saraka Dams n’entend pas pour autant rester les bras croisés : « Je vais écrire à la mairie afin qu’on rouvre ce zoo municipal. C’est une perte pour le tourisme à Bouaké. Aujourd’hui, nous sommes obligés d’orienter les touristes vers Nzi Rivers Lodge, afin qu’ils puissent voir des animaux sauvages en liberté. »

Située à quarante kilomètres de Bouaké, l’entreprise privée de Nzi Rivers Lodge est un parc animalier de 8 000 hectares conçu autour d’un lac artificiel, où s’ébattent, entre autres, phacochères, buffles, cobs et hippopotames.

Le statut du zoo de Bouaké ne facilite pas sa renaissance. Comme le signale le colonel Brahima Coulibaly, directeur régional des eaux et forêts, «c’est un zoo municipal, il n’existe pas dans notre organigramme et l’Etat ne peut donc pas intervenir pour le réaménagement. Toutefois, si le ministère est sollicité au titre d’un appui technique, nous serons en mesure d’intervenir et d’accompagner le processus».

Du 16 au 19 novembre, le gouvernement ivoirien a organisé les Etats généraux de la forêt, de la faune et des ressources en eau du pays. Un rendez-vous opportun pour les habitants de Bouaké qui souhaitaient la réouverture de leur zoo dans le cadre d’un projet d’installation de zoos municipaux dans plusieurs villes du pays. Mais, à l’issue de ces Etats généraux, aucune décision concrète n’a été prise. En revanche, l’assemblée a amplement discuté des zèbres d’Abidjan, dont l’une des femelles est morte d’une infection digestive au lendemain de son arrivée dans la capitale économique ivoirienne, a-t-on appris de source ministérielle.

Alexis Adélé

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Albert Best

Atcho Albert GBA est chercheur en sciences de la communication à l’université AO de Bouaké. Membre du groupe de recherche sur le numérique à Bouaké (GERN-LAB), il nourrit un grand intérêt pour le numérique. Il a une expérience avérée du développement d’applications, des réseaux informatiques et des bases de données. Il apporte son expertise aux PME par la maintenance de système informatiques et aux ONG dans la conception des systèmes d'information et de communication.